Dossier

20 décembre 2002

 

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  4. Les archetiers s’engagent pour le bois   Autres sources:  
 










  Sans l'archet, pas de violon. Sans Pernambouc, pas d'archet. Dépendant de cette unique essence de bois brésilienne, toute la profession se mobilise pour en assurer la survie.

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Edwin Clément
© Blvdr

" Si la lutherie italienne est considérée comme la meilleure du monde, c'est la France qui fait référence dans le domaine de l'Archèterie " assure Charles Luc Hommel, président du Glaaf. Mais le talent n’a pas de frontières comme le montre le cas d’Edwin Clément. Formé en Angleterre, ce jeune belge est actuellement considéré comme l'un des meilleurs archetiers "français". Il exerce aujourd'hui son art à Paris, dans son petit atelier, discrètement niché près de la place Saint Sulpice. Discret, car Edwin Clément ne reçoit que sur rendez-vous.

Depuis qu'il a remporté deux concours, dont celui de la mairie de Paris en 1999, et a été " sacré " meilleur ouvrier de France, ses archets sont prisés par les virtuoses du monde entier. Son carnet de commandes est plein jusqu'en 2004. Outils de travail pour les musiciens professionnels, ses archets sont de véritables objets d'art dont le premier prix s'élève à 3000 euros. Cher ? " Il faut 60 heures de travail pour réaliser un archet, et 50 euros de l'heure c’est tout au plus le tarif d'un bon ouvrier spécialisé " relativise l'archetier. D'autant qu'un archet n'est composé que de matériaux précieux. Bois de Pernambouc, ébène, or, argent ou nacre, en toutes petites quantités, sont travaillés et assemblés avec délicatesse par l'archetier qui se fait orfèvre, joaillier, ou ébéniste.

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Les outils
© Blvdr

Installé devant le bow-window, l'établi d'Edwin Clément est presque minimaliste. " Au fil des années, on élimine tout le superflu, aujourd'hui, je ne me sers que de très peu d'outils, les mêmes que les archetiers du XIXème, d'ailleurs, et j'en fabrique beaucoup moi-même. "
Sur l'établi, trônent une incroyable série de minuscules rabots en bronze, une " rareté ", quelques ciseaux à bois, une petite lampe à alcool sur laquelle Edwin Clément cambre les baguettes de bois et l'indispensable canif à manche de bois, trouvé sur une brocante à Londres." Il m'est indispensable et je le bichonne " souligne l'artiste en testant l'affûtage.
Ce violoniste venu à l'archèterie par amour de la musique sait aussi se faire scieur pour débiter dans sa maison de Bourgogne les planches de Pernambouc qu'il va chercher partout en Europe chez des fournisseurs de bois tropical. " C'est un des aspects passionnants de ce métier " constate-t-il, " nous allons du matériau jusqu'au client. " Client d'un genre particulier qu'Edwin Clément étudie d'abord avec attention. " Je dois d'abord bien le connaître lui et son instrument, sa façon de jouer, avant de m'attaquer à son archet. "

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Les gabarits
© Nlvdr

" Ce métier offre une richesse et une liberté extraordinaire. Il ne s'est d'ailleurs jamais si bien porté " constate celui qui se définit avant tout comme un " artisan du son ". Certes, le marché de l'archet haut de gamme reste confidentiel en France. Mais ils sont une cinquantaine à vivre de leur passion et ,chaque année, s'installent de jeunes archetiers de grande valeur. Ils sont directement issus des ateliers car il n' existe en France aucune formation " officielle ", aucune école. " Ce n'est pas fondamental " estime Edwin Clément " car on ne peut exercer ce métier sans une profonde motivation. Et quels que soient les moyens, un archetier parviendra toujours à trouver sa voie " affirme-t-il " D'ailleurs avant de réfléchir à la formation, il faut d'abord s'occuper de l'approvisionnement, " un vaste combat dans lequel Edwin Clément s'est engagé avec passion depuis trois ans.

Mobilisation pour le Pernambouc

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Tronc de Pernambouc
© IPCI

Car aujourd'hui, des menaces pèsent sur le Pernambouc. Ce bois rouge du Brésil, appelé aussi Pau Brasil, est indispensable à l'archetier. Au milieu du XVIIIème siècle, il a supplanté toutes les autres essences tropicales en raison de ses qualités sonores et physiques : rigidité, flexibilité, densité, beauté, capacité à conserver le cambre. Impossible aujourd'hui de le remplacer. "Ce serait un peu comme remplacer du vin par la grenadine" estime Edwin Clément. Cet arbre autrefois appelé "l'or rouge du Brésil" pour ses propriétés de teinture, pousse dans la Mata Atlantica ou forêt atlantique du Brésil. Or celle-ci ne couvre plus que 5 à 10 % du territoire qu'elle occupait à l'époque pré-Colombienne. Une régression essentiellement due à une conversion progressive de ces territoires à des usages agro-pastoraux et au développement de l'urbanisme, et qui pose un problème majeur de conservation de l'espèce, laquelle est "vitale" pour les archetiers et plus généralement, pour l'ensemble de la musique. En 1999, la Comurnat (Confédération des Métiers et des Utilisateurs des Ressources de la Nature) alerte les archetiers sur la situation du Pernambouc et leur propose de se fédérer pour mener des actions concrètes en faveur de la conservation de cette espèce. " Il fallait faire quelque chose pour prévenir une situation de crise " explique Marco Ciambelli, directeur de l'association.
L'appel sera entendu. Grâce à son prix remporté lors du Concours de Lutherie de la ville de Paris, Edwin Clément s'offre un voyage au Brésil. Il en profite pour rencontrer les responsables de Funbrasil, une fondation brésilienne. Entièrement composée de bénévoles, celle-ci œuvre depuis une trentaine d'années pour la préservation de ce bois exceptionnel et a permis la replantation de près de 3 millions d'arbres. Sur place, le jeune archetier a pu constater que dans la pépinière de Funbrasil, 200 000 jeunes pousses, par manque d'eau risquaient d'être grillées par le soleil, alors qu'une nappe phréatique se trouvait 60 mètres en dessous. Quelques archetiers de bonne volonté réunissent alors les fonds nécessaires pour le forage d’un puits afin d’assurer une irrigation constante.

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Les archets du quatuor "primés"
d'Edwin Clément, en Pernambouc
© Blvdr

Encouragée par cet élan collectif, la profession se mobilise et met en place l’Initiative Internationale pour la Conservation du Pernambouc (IPCI), un programme d’actions géré par Comurnat. Depuis, les archetiers se sont lancés à corps perdu en faveur de la conservation du Pernambouc et, les initiatives des professionnels en faveur de cette espèce se multiplient. Deux ateliers de travail internationaux sont organisés, des plantations effectuées. Pour assurer le financement, les archetiers reversent 2 % de la vente d'un archet pour la conservation du Pernambouc. En Autriche, récemment, tous les bénéfices d'un concert donné par des membres de l'orchestre Philarmonique de Vienne ont été reversés à l'association.
Il y a quinze jours, un nouveau pas a été franchi. L'association des archetiers brésiliens, et les sections nationales de l'IPCI-Comurnat ont signé un accord de coopération avec un organisme dépendant du ministère de l’Agriculture brésilien pour la mise en œuvre d’un un plan quinquennal pour la préservation du Pernambouc. Parmi les nombreuses initiatives qui seront lancées au cours de ces cinq ans : la réalisation d'un inventaire des peuplements, des études de sol, et la plantation de 500 000 pousses de Pernambouc.
Pour l'IPCI et les archetiers, la concrétisation de ce projet représente une belle victoire. " C'est la première fois que l'ensemble d'une profession prend son avenir en main pour ce qui concerne la question de ses approvisionnements. On savait depuis longtemps que les artisans d’art valorisent à un très haut niveau les matériaux qu’ils utilisent. Tout porte à considérer que leur activité est parfaitement compatible avec l’utilisation des ressources naturelles. Il est maintenant démontré qu’ils peuvent jouer un rôle majeur en faveur de la conservation de ces ressources " souligne Marco Ciambelli. L'optimisme sera à son comble lorsque les archetiers auront convaincu l'ensemble du monde musical, professionnels ou amateurs de l'importance de leur action. Car pour une telle aventure, l'investissement est lourd, et toutes les bonnes volontés sont les bienvenues.


Hélène Pourquié

  Le site de l'IPCI/Comurnat
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