- 30 mars 2004
3. Muguet : lutin boréal conservé par les bûcherons
Fleur polaire, le muguet est revenu dans nos forêts à la faveur des épisodes froids des deux derniers millénaires. Mais cette fleur de lumière a besoin des hommes pour ne pas disparaître à l’ombre des arbres. Attention, ses fruits sont toxiques.
À voir le muguet dans les serres du doux pays Nantais, qui aurait pu penser que les célèbres petites clochettes blanches qui fête le printemps sont les témoins des épisodes climatiques les plus froids quaient connu nos forêts ?
Jean-Paul Ferry samuse des facéties de la chorologie ( létude de la répartition des espèces), des avancées et des reculs des aires de répartition des plantes qui témoignent des variations du climat depuis la fin de la glaciation.
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© Blvdr
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En effet, le muguet est une espèce circum boréale, que lon trouve pratiquement dans tout lhémisphère nord jusquà des latitudes voisines du cercle polaire. " Il a seulement besoin que la température moyenne des journées dété soit supérieure à 10 ° ", précise le botaniste.
" Après la dernière glaciation, il y a 14 000 ans, le muguet fut parmi les premières espèces à se répandre dans nos régions. Il sest installé à peu près en même temps que les bouleaux et les pins sylvestres ", note Jean-Paul Ferry.
Le muguet a aussi besoin de lumière, cest pour cela quil affectionne les bois clairs. Lorsque lombre devient trop importante, le muguet ne se reproduit plus et devient stérile. Cest-à-dire que la plante garde ses feuilles mais ne fleurit pas.
Sans une éclaircie du feuillage, par un chablis ou une coupe, le muguet ne peut pas survivre à lombre indéfiniment.
Sans les bûcherons, le muguet devient stérile
Le muguet aime le froid mais préfère la lumière aux ombres. On peut se demander comment une plante aussi capricieuse a pu résister dans nos forêts ?
Il y a deux explications à cela.
Premièrement, après sêtre très raréfié durant la période chaude de lAtlantique* (de -5000 à -3000 avant J.C) qui a été marquée par linstallation du chêne, le muguet a profité du refroidissement de la période Subboréale (- 3000 avant J.C à 800 après J.C) pour revenir réinstaller en masse dans nos forêts.
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Jean-Paul Ferry
Conservatoire de Botanique
de Nancy © Dr
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Deuxièmement, si le muguet a pu se maintenir dans nos forêts malgré larrivée des sombres frondaisons du hêtre (il y a environ 2500 ans) et du réchauffement du climat européen depuis plus de mille ans, cest que lhomme, bien involontairement, la aidé.
En effet, en coupant les arbres régulièrement, le bûcheron lui a apporté la lumière dont il a besoin pour fleurir et se reproduire. " Cest une espèce opportuniste qui profite des coupes déclaircie ", note Jean-Paul Ferry. " Il y a bien dautres espèces de plantes qui profitent aussi de lhomme ", assure le naturaliste. À commencer dailleurs par le chêne. " Si les sylviculteurs navaient pas favorisé le chêne depuis des siècles, le hêtre aurait presque partout pris sa place dominante dans les forêts de la moitié Nord de la France ", témoigne le botaniste.
*Le climat est aujourdhui nettement plus froid quil nétait il y a 6000 ans quand le chêne sest installé comme le roi de nos forêts avec son cortège despèces appréciant la chaleur comme le noisetier ou le tilleul.
Durant cette période, dite de lAtlantique, qui marque le maximum thermique de nos régions depuis la dernière glaciation, le niveau de la mer était de 3 à 4 m supérieur au niveau actuel.
Muguet : mieux ne vaut pas y goûter
Pas toujours délicat le muguet. Il contient en effet de la convalarine toxine, une molécule toxique qui en fait un vomitif très efficace.
Bref, mieux vaut ne pas suçoter les tiges ou grignoter les clochettes et encore moins les baies rouges si on veut éviter un retour de promenade nauséeux.
Il convient aussi de prendre des précautions vis-à-vis des enfants : ne pas laisser des brins de muguet à portée de main des petits et prévenir les plus grands. Piège classique : leau du vase. " Tous les ans, il y a de nombreuses personnes et surtout des enfants qui sy font prendre ", prévient un médecin du centre anti-poison dAngers. Ils sont bons pour une sévère purge intestinale
Pas de panique.
" Il ne faut toutefois pas salarmer ", dédramatise le médecin. Les intoxications au muguet sont fréquentes et restent, sauf cas très exceptionnel, bénignes. "Nous avons entre 50 et 100 cas chaque année. Une intoxication au muguet est très désagréable, mais ce nest pas grave. On vomit une ou deux fois et puis cest tout ", rassure le spécialiste. Peu de chance donc de prendre goût au muguet. Heureusement dailleurs car, à fortes doses, la convalarine et la convalatoxine provoquent des troubles cardiaques.
Que faire en cas dingestion ?
En cas dingestion ou même de suspicion dingestion dans le cas des petit enfants, la première chose à faire est de dédramatiser la situation. Il faut expliquer au malade quil va être malade, quil va vomir mais que ce nest pas grave.
La deuxième chose à faire cest de contacter le centre anti-poison de votre région (voir liste sur le site du CHRU de Lille).
Il vous aidera à vérifier le diagnostic et à éviter toute confusion possible avec dautres problèmes (appendicite par exemple) et à détecter toutes complications possibles de type allergique notamment.
Et puis être en contact avec un médecin, cela rassure quand votre estomac se tord.
En plus de la liste des centres anti-poison le site du CHRU de Lille propose un intéressant dossier sur la toxicité des plantes.
François Delaunay
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