- 16 juin 2005
Le papier électronique s’invite dans la galaxie Gutemberg
Pour mesurer les progrès accomplis par l'industrie papetière, il suffit de se rendre près d'Épinal, dans les Vosges, ville d'imprimerie célèbre pour ses images puis de pousser jusqu’à Golbey. Quelques kilomètres qui se compent en siècles.
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Vers le papier électronique
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À l'usine d'Arches,
implantée en 1492, on continue de fabriquer des papiers
d'aquarelle, sur des machines traditionnelles, à raison
de 2000 tonnes chaque année. Mondialement réputés,
ces produits traditionnels à forte valeur ajoutée
n'en restent pas moins très rentables.
À quelques kilomètres de là, l'usine du
groupe papetier norvégien Norske Skog de Golbey, donne
la mesure des nouveaux enjeux industriels. La pâte à
papier est devenue un produit intermédiaire qui s'échange
sur les marchés financiers. Dans ces conditions, l’accès
aux marchés et aux matières premières détermine
le choix de l'implantation. L'usine de Golbey qui produit 260000
tonnes de papier journal par an, soit un rythme de 20 tonnes
à l'heure, est la parfaite illustration de ces nouvelles
stratégies. La pâte à papier est produite
sur place, pour 45% à partir des ressources forestières
locales et pour 55 % à partir de vieux papiers.

Sortie de ligne à l'usine
de Golbey - photo Norske Skog
Ce gigantisme a-t-il encore un sens alors que se développe
à grands pas la diffusion de documents par Internet ?
Au début de ce phénomène, certains ont
prétendu au que le papier était condamné.
Or on observe exactement le contraire. D’une part, parce
qu’avec le développement de l’informatique
domestique, la consommation de papier d'impression bureautique
croît en moyenne de 5 % par an. D’autre part, l’abondance
de contenus disponibles en ligne et le confort de lecture du
support papier favorise, in fine, l’usage des imprimantes
bureautiques.
Le futur proche
Mieux encore, le papier pourrait, dans les prochaines années,
supplanter l'écran d'ordinateur et ses dérivés
- e-book, organizer - pour la diffusion des produits de l'édition
électronique. Depuis quelques années, différents
groupes de recherche travaillent à la mise au point d'une
encre qui, intégrée dans le papier, change de
couleur sous l’influence d’un champ électrique
et permet l’apparition de texte et d’images sur
le papier.
Après le "gyricon" (du grec, gyros : tourner
et iconos : image) de Rank Xerox, constitué d’une
base de plastique souple, le MediaLab du Massuchusset Institute
of Technology a mis au point une solution plus prometteuse d’encre
électronique applicable sur différents types de
supports dont le papier.
Recouvert de millions de microcapsules sensibles aux champs
électriques, le support restitue une image proche de
l'impression typographique. Compte tenu de la supériorité
indiscutable du livre sur l'ordinateur en matière d'ergonomie
de lecture, cette technologie pourrait révolutionner
le secteur de l'édition et de la presse dans le sillage
de de la jeune société américaine E Ink,
la plus avancée dans le domaine.
Après l’échec des expériences d’étidion
électronique autour de terminaux rigides de type comme
le CyBook de Cytale, la logique des écrans souples ouvre
la voie à une nouvelle vague d’innovations.
Sony, par exemple, a choisi la technologie d’affichage
de Philips Electronics, basée sur le système E
Ink pour lancer en 2006 son e-book. Baptisé "Librié",
il sera doté d’un écran 6 pouces 800 x 600
pixels et disposera de 10 Mo de mémoire intégrée,
suffisante pour stocker vingt livres et d’un port de carte
Memory Stick permettant d’héberger d’autres
documents téléchargés grâce au port
USB. L'appareil sera commercialisé environ 310 euros.
Le monde de la papeterie connaît lui aussi une révolution
du même ordre avec les « cahiers électronique
» lancés en 2004 par les deux leaders du cahier,
l’Easybook d’Oxford et le Paper PC de Clairefontaine.
Les deux produits repose sur le même principe : un stylo
doté d’une microcaméra, mis au point par
la société suédoise Anoto, qui permet de
mémoriser les mouvements de la bille sur la page et,
bien sûr, le papier. D’apparence, très banal,
il conserve la trace du stylo mais est aussi capable de la numériser
à travers la trame de points dont il est imprégné.
Il suffit d’envoyer ensuite à un ordinateur une
copie de la page.
C’est là, justement, que les conceptions divergent.
Pour l’Easybook, Oxford a prévu la transmission
directe à votre ordinateur personnel et le traitement
des données - reconnaissance de caractères, formatage
compatible avec les principaux outils bureautiques… -
grâce à un logiciel dédié.
Clairefontaine, quant à lui, mise sur une technologie
de type «web base», vos notes sont transmises par
mail ou portable non pas à votre ordinateur mais au serveur
de Metalinks, le partenaire de Clairefontaine qui gère
les services de stockage, de transcription et de formatage.
Vendus autour de 300 euros, ces «cahiers électroniques»
n’intéressent pour l’heure que le marché
professionnel. Reste que Clairefontaine qui a investi près
de 3 millions d’euros dans le lancement de son Paper PC
s’est fixé un objectif ambitieux: 200 000 utilisateurs
d’ici à la fin de l’année. Oxford
a choisi pour sa part la discrétion et la prudence. À
juste titre car, de l’avis des grands distributeurs de
produits bureautiques et mutimédia, on serait encore
loin du compte.
Gilles VILAIN
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